Méthodologie pour l'épreuve de commentaire de documents ( CAPES interne)

Le commentaire de documents en histoire moderne. ( B.O. n°15 du 20 avril 2000)

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C'est l'épreuve-type en histoire : elle ressemble au commentaire de documents de style universitaire, mais avec un sujet formulé, un thème, duquel on devra retirer une problématique d'ensemble :. cf rapport du jury de 1999 : " l'explication de documents porte sur le programme officiel ; c'est un exercice de type universitaire. (…) "L'épreuve est un commentaire composé qui, après l'explication de chaque document, débouche sur une synthèse " . ( Yves Poncelet)

Le choix du corpus documentaire correspond à la volonté de faire travailler sur des documents et des types de documents courants dans des manuels de base ; il y a donc une forme à respecter, des démarches propres à l'histoire moderne, et des savoirs de référence à maîtriser. De toute façon, ce n'est rien d'autre que ce qui constitue aussi le métier d'enseignant en histoire !

1. Gérer son temps :

3/4 d'heure à 1h pour l'analyse des 4 documents = 1/3 du temps ( prévoir de relire les documents, les textes en particulier, 3 fois) ; 30' pour la recherche d'un fil directeur, la " problématique " et la mise en forme de l'introduction et de la conclusion ; et 1h 30 pour la rédaction proprement dite.

2. Introduction et conclusion:

on y définit les termes du sujet, on présente le corpus documentaire, puis on expose la problématique. Enfin, on y annonce le plan ; la conclusion reprend les termes de la problématique et vérifie que l'on y a répondu ; elle peut alors ouvrir vers un autre aspect du sujet, qui n'aurait pu être développé en raison du petit nombre de documents choisis…En tous les cas, elle n'anticipe jamais sur l'avenir !

3. Préciser en premier la nature et le thème des documents.

Préciser le contexte. Cela s'appelle la " présentation ". On la place généralement en 1° partie, quitte à revenir en cours de devoir sur des aspects plus longuement développés dans telle ou telle partie. Préciser la " nature " du texte n'est pas un exercice de pure forme : c'est déjà une étape élémentaire dans la critique du document. De plus, certains documents on une nature bien précise, pour laquelle on attend que le candidat en connaisse le terme consacré : Edit, Ordonnance, " Nous, Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre… , Remontrance ( à ce propos, les Parlements exercent un pouvoir judiciaire ; c'est pour s'assurer que ceux qui rendent la justice au nom du roi connaissent les lois… En fait, le Parlement de Paris en particulier souhaite user de ce droit de Remontrance pour contrôler les actes royaux…Il mena une stratégie d'opposition au XVIII° siècle. Louis XV avait alors en soutenant le projet de réforme du chancelier Maupéou, visé à briser l'opposition parlementaire et à réformer l'administration judiciaire… Grâce à cette première reconnaissance, on peut attribuer une valeur plus ou moins pertinente au document : travestit-il la vérité ? est-il un témoignage sincère ? Bien faire attention aussi à l'auteur : il peut être nettement précisé et individualisé, ( ex : un Edit royal émane du Conseil qui l'a élaboré et du Roi qui l'a signé et qui en assume ensuite la responsabilité) mais il peut être aussi collectif

4. Faire la distinction entre des documents " sources " et des documents issus de la recherche scientifique en histoire.

Le jury vérifie que le candidat a une connaissance minimale des différents types de sources auxquelles ont recours les historiens de la période considérée. En histoire moderne, les sources sont devenues très nombreuses depuis que " le territoire de l'historien " s'est élargi dans les années 60-70 : sources diplomatiques :

 

Les sources deviennent très nombreuses à l'époque moderne, car elles sont plus systématiquement conservées, aussi bien par le pouvoir que par les particuliers ou bien les cours et instances " souveraines ", avides de défendre leurs privilèges face à l'envahissement du pouvoir monarchique.

Pour les autres documents, issus de la reconstruction par des historiens, on peut parler parfois de " quasi-source " ; il faut cependant être attentif au fait que le travail de reconstruction et d'élaboration a impliqué des choix et des interprétations

Attention aux dates et informations données en annexe du document : les dates ne correspondent pas toujours à celle de l'élaboration originale du document, mais à celle de sa parution dans un ouvrage de vulgarisation…De la même façon, attention aux titres donnés à certains documents : ce sont rarement les titres originaux ( il n'y en avait souvent pas) Attention aussi aux coupures dans le corps du document celui-ci n'est parfois pas donné in extenso.

5. La problématique provient de la mise en relation des documents. Soit ceux-ci se contredisent ou éclairent des aspects différents d'un même thème, soit les documents montrent une évolution. Cette partie du travail est très importante : de la problématique dégagée dépend le plan, et donc le contenu du commentaire.

" Construire une problématique, c'est formuler une question centrale, ou un fil conducteur, émettre des hypothèses, énoncer d'éventuelles contradictions, à partir du sujet et du corpus documentaire donnés. " ( A. Prost)

6. Le contenu :

Dans tous les cas, l'apport scientifique des documents est nettement insuffisant pour rédiger un contenu valable et éclairant. Il faut donc vérifier si les documents confirment ou infirment des connaissances acquises par ailleurs dans des ouvrages faisant autorité. Attention cependant à ne pas disserter : le commentaire est un exercice rigoureux qui exige fidélité et honnêteté par rapport au document!

Il s'agit de répondre au sujet en se fondant sur les résultats de l'analyse du corpus documentaire. Cela implique d'en faire une lecture attentive et critique, d'en prévoir une utilisation maximale ( les documents sont mobilisables plusieurs fois dans le développement).

Le plus simple, d'un point de vue matériel, est de numéroter les lignes de 5 en 5. Le commentaire se fonde alors sur les éléments les plus significatifs tirés de chaque document, y compris iconographiques pour lesquels la recherche d'indices est souvent fructueuse. Chaque document ne s'étudie pas par rapport à lui-même, comme on le ferait dans le cadre d'une préparation universitaire, mais pour son apport d'information par rapport au thème proposé dans le sujet et par rapport à la problématique retenue par le candidat. Pour le texte que l'on produit soi-même, il répond à une problématique et suit un plan clair, structuré ; de fait, il reproduit l'organisation intellectuelle du candidat ! Le style doit en être sans erreur grave.

7. Le plan :

Dans la première partie, la " présentation ", on peut éventuellement regrouper les documents voisins et saisir l'occasion d'amorcer un début de réflexion, à laquelle on consacrera plus de temps dans la 2° partie ; le regroupement peut se faire selon la nature des documents, ou bien selon leur contenu informatif ( plus délicat) : on procède à un arrangement raisonné des documents, à partir duquel sont posées les questions formant la trame du commentaire. Puis on procède par " petits paquets d'informations extraites des documents ; l'analyse présente d'abord le cadre spatial et historique, le contexte ; elle débouche sur un interrogation ( la problématique) à laquelle on s'efforce de répondre en s'appuyant sans cesse sur les documents. Au total donc, 3 ou 4 parties selon la problématique choisie. D'un point de vue matériel, on peut réserver une feuille de brouillon par partie, et numéroter chacune d'elle ( 1°, 2°, 3° partie… on peut reporter alors les n° correspondants sur les documents). Bref, " il s'agit de bâtir un commentaire composé portant sur l'ensemble documentaire fourni, et se fondant sur une problématique globale. " (François Prost)

8. Les citations,

brèves et minutieusement choisies, doivent être placées entre guillemets.

9. Certains termes de vocabulaire sont propres à l'Ancien Régime,

ou aux XVII° et XVIII° siècles européens. Lorsqu'on les utilise, il faut prévoir une rapide définition lors de leur première occurrence. Noter aussi que la redondance de certains mots peut être porteuse de sens : un comptage rapide peut mettre en évidence une préoccupation importante qui n'était pas directement explicite dans le document.

 

Rappel des principales étapes du commentaire

1. Identifier ( nature, auteur, date ,contexte…)

2. Analyser = contenu explicite du document ; une dizaine de lignes maximum par document ; mais sans paraphraser !

3. Commenter : relever les notions, idées, informations contenues dans le texte, les mettre en relation avec les connaissances acquises et les autres documents. Etre attentif au ton du texte. Vérifier à qui s'adresse le texte ou le document… ( destinataire)

4. Elaborer la problématique

5. Rédiger l'introduction, la conclusion

6. Rédiger la 1° partie au propre (présentation), puis le développement du commentaire composé.

7. C'est un commentaire scientifique : il n'y entre aucune considération didactique ou pédagogique.

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Bibliographie :

Notes :

 

 

 

Remarque à propos de la noblesse espagnole : la séparation en corps de la société n'est pas exactement tripartite puisque la noblesse est qualifiée de " bras militaire " du royaume, et en Aragon, la noblesse est dédoublée entre l'aristocratie et la noblesse ordinaire. Les procureurs du peuple forment eux " le bras royal " ( leur recrutement se limite aux villes du domaine royal). Les paysans et les habitants des seigneuries ne sont pas représentés.

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